Le chœur est dominé par la magnifique fresque du « Christ en majesté » qui décore toute la partie supérieure de l’abside. Comme les autres fresques de l’église, elle est l’œuvre du peintre AMAURY-DUVAL et de son atelier.

 

Sur un fond doré, recouvert d’étoiles, le Christ, assis sur un trône monumental, étend largement ses bras grands ouverts, montrant les stigmates de ses mains et la marque de la lance à son côté. Vêtu d’une tunique pourpre et d’un manteau bleu, Il semble embrasser chacun des personnages présents dans l’église pour les entraîner dans la Vie éternelle. Les rayons d’un blanc éclatant qui émanent de du haut de son corps illuminent le sommet de la fresque, indiquant le chemin du Royaume des Cieux marqué par les étoiles blanches, alors que les autres étoiles de la fresque sont rouges. Son trône, entouré de quatre anges, les deux premiers portant la palme du martyre, en souvenir de la crucifixion, les deux autres priant, repose sur un nuage, symbole de l’Ascension.

 

Il est entouré, à sa droite et à sa gauche de dix-huit saints ou bienheureux, neuf de chaque côté. Ils sont regroupés par groupes de trois, sous le titre, inscrit en lettres rouges, d’une vertu qui les caractérise. Chaque personnage est identifié par son nom, écrit en lettres noires au-dessus de lui.

Eugène Emmanuel PINEU-DUVAL, dit AMAURY-DUVAL, est sans doute un des meilleurs élèves d’INGRES. « Vous serez un peintre aimable » lui avait dit son maître et il est vrai qu’AMAURY-DUVAL ne possède pas la vigueur du trait du grand portraitiste. Séduit par les peintres primitifs italiens, découverts lors d’un voyage à Florence, il se montre très proche des préraphaélites par ses teintes graciles et lumineuses. Dans les fresques de notre église, il dévoile l’influence de FRA ANGELICO, celui des fameuses fresques du couvent San Marco de Florence. Par son toucher tendre et subtil, il évite la sécheresse que l’on peut rencontrer chez de nombreux peintres archaïsants du XIX° siècle.

Fils d’un brillant membre de l’Institut, remarquable érudit et écrivain archéologue, AMAURY-DUVAL possède de belles qualités d’écrivain, illustrées par son « Atelier d’Ingres », plein d’humour et de finesse.

Pour les fresques de l’église Saint-Germain, il s’est fait aider par trois de ses meilleurs élèves : Eugène FROMENT, Victor CRESSON et Edmond GEFFREY.

On trouve, à droite du Christ :

Sous la vertu « Foi » (Fides) :

Saint Germain (Germanus), à genou, patron de notre paroisse, évêque de Paris en 555 et créateur de l’abbaye Saint Germain des Près. Il est en prière, en tenue d’évêque. Sa fête est le 28 mai.

Sainte Geneviève (Genofeva), patronne de Paris, qui a évité l’invasion de Paris par les troupes d’Attila vers l’an 450. Elle est ici représentée sous l’effigie d’une bergère, avec des vêtements simples et une houlette à la main. Cette iconographie, populaire du XVII° au XIX° siècle est dû à la dévotion à Sainte Geneviève, patronne de Nanterre, appelée alors « la bergère de Nanterre ».

Sainte Marthe (Martha), sœur de Lazare et de Marie de Béthanie, est une des saintes femmes qui ont été témoins de la Résurrection du Christ, devant le tombeau vide. Elle est renommée pour sa Foi, mais aussi son activité dans la tenue de sa maison où elle a accueilli le Christ. La tradition provençale lui prête une arrivée en Camargue, aux Saintes-Maries de la Mer, puis à Tarascon où elle aurait vaincu la Tarasque. Son tombeau se situe dans la collégiale qui porte son nom à Tarascon. Amaury-Duval la représente vêtue de vert, en prière.

Sous la vertu « Charité » (Charitas) :

Saint Martin (Martinus), représenté dans la fresque en tenue de légionnaire romain, coupant son manteau en deux pour en donner la moitié à un déshérité. Son manteau appartenait à l’administration romaine, mais la doublure lui appartenait et c’est celle-ci qu’il découpe. Après 25 ans de service dans l’armée romaine, il se fait baptiser et mène une vie d’ermite, avant d’être élu, en raison de sa piété, évêque de Tours, où il est un exemple de charité. Il crée l’ermitage, devenu rapidement monastère de Marmoutier, près de Tours. Il meurt, sur un lit de cendres, à Candes, au bord de la Loire, et est enterré à Tours dans la crypte de la basilique érigée en son souvenir. Il est célébré dans le monde entier. Sa cape (capella en latin) est à l’origine du mot chapelle, car elle a rapidement été exposée à la dévotion des fidèles dans un petit édifice érigé en son souvenir.

Sainte Elisabeth, fille du roi de Hongrie André II, épouse à l’âge de 14 ans le Landgrave de Thuringe. Mère de trois enfants, elle rencontre des moines franciscains et va désormais vivre selon les principes de François d’Assise. Elle se tourne vers les pauvres et mène une vie éloignée des frivolités de la cour de Thuringe. A la mort de son époux, elle quitte la cour et consacre son argent aux pauvres et à la construction d’un hôpital. Elle meurt à l’âge de 24 ans. Elle est connue pour le Miracle des roses : surprise par son époux alors qu’elle porte du pain aux pauvres sous son manteau, celui-ci se transforme en roses quand elle est contrainte de montrer ce qu’elle transporte. A demi-cachée par Sainte Jeanne de Chantal, elle est représentée avec sa couronne.

Sainte Chantal : Après la mort de son époux, Jeanne de Chantal créa l’Ordre de la Visitation et fonda de nombreux monastères en France et en Europe. Cet ordre a été destiné dès sa création à visiter et soigner les malades, puis à la visite des prisonniers est encore très vivace aujourd’hui, avec 135 couvents dans le monde. Sainte Jeanne de Chantal est la patronne des malades, des prisonniers, des personnes oubliées, des mères de famille et des veuves. Elle est ici représentée dans la tenue des prieures de l’ordre qu’elle a créé.

Sous la vertu « Humilité » (Humilitas) :

Saint Jacques le Mineur (Jacobus Minor) : Un des douze apôtres, appelé Jacques le Mineur, car choisi après l’autre jacques, dit « le Majeur ». Son origine est l’objet de controverses. Selon les Actes des Apôtres, il prit la place de chef de l’église judéo-chrétienne de Jérusalem au départ de Pierre. Il a joué un rôle de premier plan lors du concile de Jérusalem et on lui attribue généralement l’Epître canonique de Jacques. Il a subi le martyre, en étant lapidé, sur l’ordre du grand prêtre Hanan. Représenté dans une attitude d’une grande noblesse, en tunique blanche et manteau vert, il semble être en extase devant le Christ.

Saint Joseph (Josephus) : L’époux de la Vierge Marie, qui a élevé le Christ, est représenté ici dans une merveilleuse attitude pleine d’humilité : vieillard à la barbe blanche et à la chevelure blanche dont la calvitie s’apparente à la tonsure des moines, il a la tête baissée et, les mains jointes, prie avec ferveur celui auquel il a consacré sa vie, dans l’ombre et avec humilité. Son vêtement terne, tunique rouge et manteau brun clair, accentue encore sa position modeste. Il est le patron des pères de familles et des artisans, en raison de son métier présumé de charpentier. Il est également un modèle pour les prêtres, au service de Dieu.

Saint Louis (Ludovicus Rex) : Louis IX, roi de France, connu pour son sens de la justice et sa piété, a été considéré comme un saint de son vivant. Soucieux de venir en aide aux pauvres et aux déshérités, il est également très attaché aux reliques, qu’il va acheter en grand nombre, dont la couronne du Christ, pour laquelle il va faire construire la merveilleuse Sainte Chapelle. A moitié caché par Saint Joseph, il est représenté dans la tenue royale, tunique blanche bordé d’or et manteau bleu fleurdelisé, sur lequel se détache ce qui est probablement la couronne du Christ. Il porte la couronne royale.

On trouve, à gauche du Christ :

Sous la vertu « Pénitence » (Pœnitencia) :

Sainte Marie-Madeleine (Magdalena) : Longtemps considérée comme une grande pécheresse, voire une prostituée, Marie de Magdala est, depuis Paul VI, appelée « disciple » du Christ. Elle est en effet très présente dans les évangiles, en adoration devant Jésus, dont elle recouvre les pieds avec du parfum rare, avant de les essuyer le avec ses longs cheveux, mais aussi présente lors de la crucifixion et témoin de la Résurrection en constatant l’ouverture du tombeau. Elle ici représentée en pécheresse, courbée aux pieds du Christ, ses longs cheveux dénoués, revêtue d’une robe blanche, mais surtout d’un manteau violet, couleur de pénitence.

Le bon larron (Bonus latro) : Bien qu’il n’ait jamais été canonisé, le Bon larron est considéré comme un saint par l’église catholique, car ayant été le premier à rejoindre le Christ dans le Paradis : « En vérité, je te le dis, aujourd’hui tu seras avec moi dans le Paradis ». Il est bien évidemment un exemple édifiant de la Pénitence même au moment de l’instant de la mort terrestre, avec l’ouverture sur la vie éternelle auprès du Christ. Il est représenté dans la tenue traditionnelle des crucifiés : nu à l’exception d’une sorte de pagne blanc et il porte sa croix, tête baissée, en signe de demandeur du pardon.

Sainte Marie l’Egyptienne (Maria Egyp.) : Cette prostituée, qui a trouvé la voie du Seigneur, à l’âge de 29 ans, en demandant l’intercession de la Vierge Marie pour entrer, malgré ses péchés, dans la Basilique de la Résurrection à Jérusalem, a ensuite passé de longues années en ermite dans le désert. Ceci s’est passé au V° siècle. Elle est ici représentée en tunique blanche, recouverte d’un manteau jaune, rayé de brun (couleurs du désert ?), une main sur le visage, en signe de demande de pardon.

Sous la vertu « Grâce » (Gratia) :

Le Centurion (Centurio) : Seul à ne pas être coiffé d’une auréole, pour marquer qu’il ne fait pas partie des saints, il a une attitude de piété et d’humilité : il semble avoir du mal à oser porter son regard vers le Christ. C’est le centurion de l’évangile de saint Luc ou celui de saint Matthieu, celui qui, n’osant directement s’adresser à Jésus, se trouvant indigne de recevoir le Seigneur chez lui, implore indirectement la guérison de son serviteur qu’il aimait. Jésus le donne en exemple comme faisant preuve d’une Foi extraordinaire, lui, romain et non juif. Il est ici revêtu d’une tunique rouge et d’un manteau vert, la seule marque de son appartenance à l’armée romaine est son casque.

Saint Paul (Paulus) : Est-il besoin de rappeler la conversion de Saul touché par la grâce sur le chemin de Damas ? Ce fondateur de nombreuses églises, auteur d’épîtres qui fournissent les bases de nombreux pans de la liturgie, cet infatigable voyageur pour transmettre dans le monde la parole de Dieu et la Foi chrétienne, est ici représenté la tête légèrement courbée vers le Christ d’une tunique jaune et d’un manteau rouge. Curieusement, contrairement à de nombreuses figurations qui le dépeignent chauve, il est ici chevelu et barbu. Il tient à la main l’épée qui rappelle son martyre, par décapitation et non crucifixion, en raison de sa situation de citoyen romain.

Saint Augustin (Augustinus) : Augustin d’Hippone, qui vécut entre le IV° et le V° siècles, fils d’une mère très pieuse, se lance d’abord dans la philosophie et mène des études approfondies, à Carthage. A 32 ans, après une rencontre avec Ambroise de Milan, il se convertit et devient rapidement évêque d’Hippone (Annaba aujourd’hui, en Algérie). Il participe à de nombreuses controverses et écrit, entre autres, les Confessions et la Cité de Dieu. Il est un des quatre Pères de l’Eglise Occidentale et l’un des principaux docteurs de l’Eglise. Il est ici représenté, très droit, le regard tourné vers le Christ, en tunique violet pâle et manteau vert. Il porte autour du cou l’étole qui marque sa position d’évêque et tient un livre sous son bras, comme docteur de l’Eglise.

Sous la vertu « Martyr » (Martyrium) :

Saint Etienne (Stephanus) : Prédicateur juif du I° siècle, cité dans les Actes des Apôtres comme « protomartyr ». Il est en effet reconnu comme le premier martyr de la chrétienté. Il est aussi reconnu comme le premier diacre de l’église. Il meurt lapidé après un jugement prononcé par le Sanhédrin. Il est représenté ici devant les autres martyrs, comme le premier d’entre eux, vêtu d’une tunique mauve, recouverte de signes probablement attachés au diaconat. Il porte la tonsure, autre signe de son diaconat et tient à la main la palme du martyre.

Saint Laurent (Laurentius) : Premier diacre de Rome sous le pape Sixte II, martyr, il suivit son maître dans la mort trois jours après le martyre du Pape, lors des persécutions de l’époque de Valérien, au III° siècle. Ayant distribué tous les biens de l’église aux pauvres, il est devenu le patron des pauvres. Il aurait été fouetté, puis attaché sur un grill et brûlé à petit feu, sans une plainte, mais priant Dieu sans cesse. Vêtu et coiffé en diacre, comme saint Etienne, il tient d’une main le grill de son martyre et de l’autre la palme des martyrs.

Saint Denis (Dionysius) : Premier évêque de Lutèce, devenue Paris, il a été décapité lors des persécutions de Valérien. Son martyre aurait eu lieu dans l’île de la Cité. Il est également connu comme le créateur, probablement mythique, de l’abbaye devenue le lieu de la nécropole royale. Il est le plus souvent représenté tenant sa tête dans ses mains, conformément au texte de la Légende dorée. Ce n’est pas le cas ici : il est représenté en tenue d’évêque, jaune à scapulaire rouge, Il tient la crosse à la main, mais ne tient pas la palme du martyre.

En bas à droite,

la signature AMAURY DUVAL 1850  54.

Devise

Sous la fresque, une frise sur fond vert dit ceci :

« Venite, Benedicti Patris mei, possedite paratum vobis regnum a constitutione mundi »

« Venez, bénis de mon Père, prendre place dans le royaume préparé pour vous dès l’origine du monde »

Cette devise explique clairement le magnifique geste d’ouverture du Royaume des Cieux à ces dix-huit personnages, mais, aussi, derrière eux, à toute l’humanité. Cette fresque est donc une image du jugement dernier, où tous seront sauvés et appelés auprès de Dieu.

Les évangélistes et les anges

De part et d’autre du chœur, les demi-rosaces sont décorées de fresques représentant les quatre évangélistes, accompagnés de leurs symboles :

Saint Jean,

à la barbe blanche,

vêtu d’une tunique bleue  et d’un

manteau jaune, écrivant son évangile,

l’aigle doré  aux ailes déployées volant

au-dessus du texte sacré.

L’évangéliste a le regard tourné vers les

spectateurs, comme s’il voulait les entraîner

derrière lui.

Saint Matthieu,

lui aussi avec une barbe blanche,

penché sur son écriture, comme s’il

était soucieux d’écrire avec soin

la vie du Christ. Vêtu d’une tunique bleu

ciel et d’un manteau rouge, il est surmonté

de l’homme ailé, doré comme l’aigle de saint Jean.

Saint Luc,

qui semble le

plus jeune des quatre,

avec les cheveux et la barbe

d’un brun foncé, écrit, en étant,

à l’opposé de Matthieu, éloigné

de son texte. Il est vêtu d’une tunique

d’un bleu vif et d’un manteau jaune et

surplombé par le bœuf doré, son symbole.

Saint Marc,

aux cheveux et à la barbe

châtain, est penché sur le texte

qu’il est en train d’écrire, la tête dans la main,

comme s’il avait du mal à trouver les mots

pour transcrire au mieux la vie de Notre Seigneur.

Vêtu d’une tunique blanche et d’un manteau rouge,

il est protégé par le lion doré qui veille au-dessus de lui.

Amaury-Duval a su donner aux quatre évangélistes une attitude naturelle : ils ne sont pas figés et semblent bien vivants, chacun ayant sa position personnelle. Seuls leurs symboles, tous dorés, semblent figés. Ces quatre sont bien des hommes, des sages et seules les auréoles qui entourent leurs têtes montrent qu’ils sont saints.

Les demi-rosaces qui dominent l’arc qui sépare le chœur de la nef, sont décorées d’anges. Ils sont très beaux :

l’un

tient la palme

du martyre d’une main

et la couronne des élus de l’autre

l’autre

a tiré le glaive

du jugement de son

fourreau et le brandit vers le ciel.

un autre ange

souffle dans une trompette,

peut-être pour signifier l’annonce

du Jugement dernier

un autre ange

tient une balance,

lui aussi donc probablement

lié au Jugement dernier et chargé

de peser les bons et les mauvais côtés

des vies des humains se présentant devant

le Père au moment de leur mort.

Par Jean-Claude PELLETIER, mai 2017

Photos Gérard Pagès, Véronique Bonamy

Sources
  • l’Encyclopedia Universalis dans sa sa version de 2010.