De chaque côté de la nef, on rencontre trois chapelles latérales. Du côté droit, en partant du fond de l’église, nous trouvons d’abord la chapelle dite de « Jacques II », puis celle de Saint Charles Borromée, enfin celle dédiée à Saint Joseph.

LA CHAPELLE DE JACQUES II
Chapelle de Jacques II Stuart, paroisse Saint-Germain

Un peu d’histoire : Jacques II Stuart, également connu comme Jacques VII d’Ecosse, succède à son frère Charles II le 6 février 1685. Il s’était converti au catholicisme en 1669 et avait épousé, en secondes noces, la princesse italienne Marie de Modène en 1673.

Après des débuts favorables, malgré sa confession catholique, et un accueil positif par la population britannique, anglicane, la tendance à un fort autoritarisme et, surtout, le catholicisme militant du nouveau roi lui attirent rapidement l’inimitié de la majorité anglicane de ses sujets. Quand il décide de promouvoir à des postes importants des nobles d’obédience catholique, puis quand il demande, en 1688, au clergé anglican de lire dans leurs églises la Déclaration d’indulgence qui abrogeait les lois de discrimination des catholiques, la révolte s’enclenche.

Elle est menée par son gendre Guillaume III d’Orange, époux de sa fille Marie, née d’un premier mariage et élevée dans la religion anglicane. Bien que disposant d’une armée supérieure en nombre à celle de son gendre, Jacques II capitule rapidement et est fait prisonnier. Peu soucieux de faire de son beau-père un martyr, Guillaume III le laisse partir en décembre 1688 pour la France, où Louis XIV l’accueille et lui attribue le château de Saint-Germain-en-Laye, qu’il avait quitté quelques années auparavant pour rejoindre Versailles.

Jacques II ne renonce pas à retrouver son trône et, avec l’aide de la France, il mène plusieurs tentatives, qui échouent toutes. Il établit sa cour à Saint-Germain-en-Laye et c’est ainsi que de nombreux anglais, mais surtout écossais et irlandais arrivent dans notre ville, qui prend son premier virage international.

Son épouse, catholique, Marie de Modène vit avec lui et c’est dans le château que naît, en 1692, son dernier enfant, Louise Marie Thérèse Stuart.

Profondément croyant, le roi déchu est très attaché à la paroisse Saint-Germain et demande à ce qu’une partie de son corps repose dans l’église, ce qui est fait à sa mort, en 1701. Son épouse et sa dernière fille suivront son exemple et une partie de leurs restes va rejoindre ceux de Jacques II, en 1718 pour Marie de Modène, dès 1712 pour leur fille.

Jacques II en 1688 Peinture de Largilliere
Marie de Modène Peinture de Willem Wissing
Louise Marie Stuart Peinture par De Troy

En 1824, au cours des travaux de déblaiement, nécessaires pour la construction du clocher actuel, trois boîtes en plomb sont trouvées. L’une d’elles porte l’inscription suivante :

« Ici est une portion de la chair et des parties nobles du corps de très Haut, très Puissant, très excellent Prince Jacques Stuart, second du nom, Roi de la Grande Bretagne, nacquit le XVIII octobre MDCXXXIII, décédé en France, à Saint-Germain-en-Laye, le XVI septembre MDCCI »

Les deux autres boîtes ne portent pas d’inscription, mais sont identifiées avec toute probabilité comme contenant des restes de son épouse et de sa fille.

En 1827, en grande partie grâce au financement du roi d’Angleterre Georges IV, un monument funéraire est érigé dans la première chapelle du bas-côté droit. Le monument est achevé en 1835 et la décoration des murs est alors engagée, avec un financement de la Reine Victoria.

Le mausolée, en marbre blanc, inspiré de l’art funéraire de l’Antiquité, est réalisé par les architectes Moutier et Malpièce, qui travaillaient alors sur l’édification de l’église.

Sous un fronton portant une croix insérée dans une couronne de lauriers, la frise porte l’inscription latine suivante : REGIO CINERI PIETAS REGIA, soit : « Aux cendres royales, la piété royale ». Elle rappelle la piété dont a fait preuve le roi Jacques II lors de son séjour à Saint-Germain-en-Laye.

Entre deux colonnes et sous une sculpture représentant les armoiries complètes de l’Angleterre du temps de jacques II, on trouve l’épitaphe du monument, qui fut rédigé par Monsieur COLLIGNON :

Armoiries complètes et devise de l'Angleterre, "Dieu et mon droit"  du temps de jacques II
Armoiries complètes et devise de l'Angleterre, "Dieu et mon droit" du temps de jacques II

« Qui que vous soyez, à la vue de ce monument funèbre,

méditez les vicissitudes humaines ;

grand dans la prospérité, plus grand encore dans les revers,

Jacques II, Roi d’Angleterre,

voit finir ses malheurs insignes

et ses tristes destinées par une mort pieuse et paisible,

dans cette ville,

le seizième jour de septembre 1701.

Ici sont conservées

quelques-unes des parties les plus nobles de son corps ».

Le soubassement de l’œuvre est encadré par deux textes gravés dans le marbre :

à gauche :

« Le prince qui naguère ceignait d’une couronne son front auguste,

repose maintenant, vile poussière, dans cette petite urne ;

à quoi sert un trône ? La mort broie tout »

et à droite :

« Mais le renom de sa foi et de ses mœurs restera impérissable ;

vous aussi, Dieu tout puissant, vous ferez régner avec vous

ce même prince qu’un hôte royal accueillit dans son infortune »

Les murs sont recouverts des attributs héraldiques de la couronne d’Angleterre, blason royal, qui comporte encore, à l’époque de Jacques II, un quartier aux fleurs de lys, lion, léopard, licorne et le J de Jacques II, couronné. Ces fresques, qui, grâce à la restauration récente, ont retrouvé leur fraîcheur originelle, ont été réalisées aux frais de la couronne d’Angleterre.

La voûte de la chapelle est décorée d’un Saint Georges terrassant le dragon, allusion au saint patron de l’Angleterre. Cette fresque est l’œuvre d’AMAURY-DUVAL et de son équipe.

LA CHAPELLE SAINT CHARLES BORROMÉE

Puis vient la chapelle dédiée à Saint Charles Borromée. On peut être surpris de trouver une chapelle dédiée à une personnalité qui n’a jamais mis les pieds à Saint-Germain-en-Laye. L’origine de cette dédicace remonte à la période royale, au cours de laquelle la paroisse avait une dévotion particulière pour ce saint, devenu le patron du clergé de l’église. En fidélité à la confrérie consacrée à ce saint, cette chapelle fut donc dédiée à Saint Charles.

Chapelle de saint Charles Boromée paroisse Saint-Germain

Charles BORROMEE est un cardinal italien du XVI° siècle, né en 1538, évêque de Milan Il participe activement au concile de Trente, qui a relancé la religion catholique, après la période de la Réforme. Bien que chargé de la rédaction du nouveau catéchisme et de la modernisation de la chapelle pontificale, dirigée alors par le célèbre compositeur Palestrina, il quitte toutes ces fonctions pour se consacrer entièrement à son diocèse. D’une énergie admirable, il se donne à fond à sa fonction en visitant ses paroisses, en créant des hôpitaux ou en rappelant aux religieux la discipline chrétienne. Il s’applique à lui-même cette discipline, en vivant dans une grande austérité. Il s’illustre en particulier en 1576, lors de la grande peste qui touche sa ville et fait preuve d’une activité inlassable pour en limiter les conséquences. Peu soucieux des risques de la contagion, il visite les malades, encourage les soins pourtant encore rudimentaires.

Il meurt en 1584, à 46 ans, épuisé de fatigue. Il est canonisé dès 1610.

 

La chapelle met en exergue, tant sur le tableau qui en occupe le centre que sur la fresque qui en décore la voûte, l’épisode de la peste de Milan, dont on voit le dôme sur la fresque

saint Charles Boromee_tableau_contraste

(agrandir les photos en cliquant dessus.)

LA CHAPELLE SAINT JOSEPH
Chapelle de saint Joseph, paroisse Saint-Germain

Curieusement, dans cette chapelle, la fresque n’est pas en corrélation avec la dédicace de la chapelle. En effet, la fresque présente le Christ, sainte Marie-Madeleine à ses pieds, lui lavant les pieds avec du parfum, et enseignant ses disciples dans la maison de Simon le Pharisien.

Cette fresque était en corrélation avec le confessionnal qui occupait le centre de la chapelle au milieu du XIX° siècle et ce n’est qu’en 1863, sur la décision du curé de la paroisse, l’abbé CHAUVEL, que la chapelle fut dédiée à saint Joseph, lors d’une cérémonie importante. La statue de plâtre qui occupe le centre de la chapelle est de médiocre facture. Cette chapelle a acquis une importance particulière de nos jours, en étant consacrée aux pères de famille.

La restauration récente a fait apparaître sur les murs quatre blasons. Des recherches sont en cours pour déterminer les propriétaires de ces armoiries. Peut-être s’agit-il de généreux donateurs ?

Saint-Joseph_crucifix_pieds

Provisoirement, pendant la restauration de la chapelle de la Vierge, le grand crucifix en bois est placé dans la chapelle Saint-Joseph. C’est une œuvre d’une grande qualité, du XVII° siècle, composée de deux bois différents : un bois sombre pour la croix et un bois clair pour le Christ. Le corps de Jésus est d’une grande finesse et le visage, tourné vers la droite est d’une majestueuse beauté, montrant une grande sérénité, expression de la Foi en sa Résurrection prochaine. Ce crucifix est une des plus belles œuvres de l’église.

Par Jean-Claude PELLETIER, août 2017

 © Photos :

Wikipedia

Christophe Ranque,

 Conseil départemental des Yvelines, Jean-Bernard

Véronique Bonamy

Sources
  • Abbé Pierre TORRY : Une Paroisse royale, Saint-Germain-en-Laye, origine et histoire ; Imprimerie Floch, 1927
  • Guillaume GLORIEUX : Eglise Saint-Germain, Histoire et Patrimoine, 2001
  • Encyclopedia Universalis, Version 2011