Dans le déambulatoire gauche, entre les chapelles Saint-Vincent de Paul et Saint Louis, se trouve, sous le tableau de la descente de Croix du chemin de Croix, un magnifique retable en pierre calcaire dure, proche du marbre.

Cette œuvre aurait été trouvée en Italie ou en Provence, au début du XX° siècle par le grand-père ou arrière-grand-père de l’actuel président du Chœur Saint-Germain, Gérard PAGES. Ce retable est resté dans la famille jusqu’au milieu des années 1990. A l’occasion du déplacement du cimetière vieux vers le cimetière neuf, en 1994, la famille de marbriers funéraires a déménagé et a décidé de confier ce retable sacré, alors brisé en deux morceaux, à la Paroisse Saint-Germain et c’est le Père THOMAS, alors curé et amoureux des arts plastiques sacrés, qui a accepté de le placer dans l’église, dans la chapelle Saint-Vincent, après avoir fait recoller les deux morceaux de l’œuvre et aménager un élégant socle. Profitant de la restauration de l’église, encore en cours, le Père Thierry FAURE, actuel curé, l’a déplacé à son emplacement actuel.

 

Cette œuvre remarquable est une copie d’une œuvre, attestée du sculpteur lombard ANTELAMI, œuvre de marbre, qui se trouve dans la cathédrale de Parme, en Italie.

Benedetto ANTELAMI (1150-1230) est un sculpteur de grande notoriété de la fin du XII° et du début du XIII° siècle. Son style est roman-provençal et il aurait travaillé au profit de l’église Saint Trophime d’Arles. Toutefois l’essentiel de son œuvre est en Italie, surtout à Parme, où il aurait travaillé de 1178 à 1214 sur la décoration de la cathédrale et du fameux baptistère, dont il pourrait être l’architecte. Il a également décoré la cathédrale de Fidenza et on lui attribue la porte principale ouest de la Basilique Saint-Marc de Venise. Il a accompli au cours de sa vie plusieurs voyages importants, dont un pèlerinage à Saint-Jacques de Compostelle et des visites en Île de France et en Picardie. Il reste peu d’œuvres de ce grand sculpteur, un des plus connus de son époque.

A gauche du Christ, les païens sont serrés les uns contre les autres, comme effrayés par le geste qu’ils ont commis. Le premier des six personnages composant ce groupe est le centurion (comme indiqué sur son bouclier). Sa main droite est dirigée vers le haut et l’on peut en déduire qu’il est ce centurion qui a déclaré, à la mort de Jesus : « Vraiment, celui-ci était Fils de Dieu ! »

Devant le groupe, une jeune fille tient la hampe brisée d’un fanion, tourné vers le sol. Elle représente la synagogue, donc l’église des juifs, de ceux qui ont demandé la mort du Christ. Elle est contrainte à baisser la tête par la main de l’archange Raphaël, qui, en pendant à Gabriel, survole cette partie du retable.

Au premier plan, un groupe de quatre hommes, sans doute des soldats romains, semble vouloir se partager la tunique du Christ, chacun d’eux la tenant à la main et l’un d’eux tenant un glaive dans sa main droite. Mais, ils vont en fait la jouer aux dés, dés que l’on peut voir dans la main droite du joueur de droite : les dés indiquent les chiffres un, deux et trois et peut-être que par ce biais, Antelami a-t-il voulu rappeler la Trinité.

En pendant à la figue du soleil, on trouve une figure triste, indiquée « lune », signe de la nuit et des ténèbres.

L’origine de la copie de la Descente de Croix de notre église est entourée de mystère. Plusieurs hypothèses sont envisageables : copie par le sculpteur ou son école, pratique courante à l’époque ; copie plus tardive à une date inconnue ; œuvre d’un faussaire du XIX° siècle dont une des spécialités était la reproduction d’œuvres d’Antelami. Aujourd’hui, le mystère subsiste.

 

Quelle que soit son origine, ce retable est une œuvre exceptionnelle, tant par sa qualité artistique que par son approche religieuse. Comme pour les sculptures des frontons et chapiteaux des églises romanes, la scène décrite est manifestement à usage didactique, au profit d’une population composée alors d’un nombre important d’illettrés. Par ailleurs, elle s’inscrit dans une vision de la religion de son époque, le XII° siècle, alors que le peuple juif était considéré dans son ensemble comme les assassins du Christ. Pour ajouter à la compréhension du sujet, par les clercs en charge de l’édification du peuple chrétien de l’époque, de nombreuses inscriptions en rouge et noir décrivent les différentes composantes de l’œuvre.

Une inscription, qui fait toute la longueur du retable, de part et d’autre de la croix indique l’année de réalisation de l’œuvre : 1178 et le nom du sculpteur, Antelami.

La croix du Christ découpe l’espace en deux parties bien distinctes. Au centre, le Christ mort, dont le bras droit est déjà détaché, est soutenu par Joseph d’Arimathie, ce noble juif qui a proposé le tombeau pour le crucifié. Sur une échelle, Nicodème va retirer le dernier clou qui attache le Christ à la Croix.

A droite du Christ, côté vers lequel se tourne sa tête, ce sont les disciples, pour Antelami, les chrétiens…

…à sa gauche, les juifs et les païens, romains et autres.

Les chrétiens, rangés les uns derrière les autres dans une attitude d’adoration et de douleur sont, de la Croix vers l’extérieur : la Vierge Marie, qui tient dans sa main la main droite de son Fils, aidée en cela par l’archange Gabriel qui survole l’assemblée des chrétiens. Derrière Marie, on trouve successivement l’apôtre Jean, « apôtre préféré du Christ », puis les trois femmes qui vont accompagner Jésus à son tombeau et découvriront la disparition du corps le dimanche matin. Marie Madeleine est la première, suivie de Marie Jacobé, la mère de saint Jacques, enfin de Salomé ou Marie Salomé, la mère des deux Zébédé, Jacques et Jean.

Devant la Vierge Marie, une jeune fille porte dans sa main gauche la hampe d’un fanion sur lequel est inscrit « Ecclesia ». Elle représente donc la jeune église du Christ et tient dans sa main droite un calice, dont on peut penser qu’il est destiné à recueillir le sang du supplicié.

Pour insister sur la lumière qui baigne l’église des chrétiens, le coin gauche supérieur du retable est orné d’une tête souriante, indiquée sol, donc soleil qui éclaire le jour et illumine les disciples du Christ.

Les 3 Marie
saint Jean
Marie aidée de l'an Gabriel soutient le bras du Christ
la jeune Eglise
Nicodème

A gauche du Christ, les païens sont serrés les uns contre les autres, comme effrayés par le geste qu’ils ont commis. Le premier des six personnages composant ce groupe est le centurion (comme indiqué sur son bouclier). Sa main droite est dirigée vers le haut et l’on peut en déduire qu’il est ce centurion qui a déclaré, à la mort de Jesus : « Vraiment, celui-ci était Fils de Dieu ! »

Devant le groupe, une jeune fille tient la hampe brisée d’un fanion, tourné vers le sol. Elle représente la synagogue, donc l’église des juifs, de ceux qui ont demandé la mort du Christ. Elle est contrainte à baisser la tête par la main de l’archange Raphaël, qui, en pendant à Gabriel, survole cette partie du retable.

Au premier plan, un groupe de quatre hommes, sans doute des soldats romains, semble vouloir se partager la tunique du Christ, chacun d’eux la tenant à la main et l’un d’eux tenant un glaive dans sa main droite. Mais, ils vont en fait la jouer aux dés, dés que l’on peut voir dans la main droite du joueur de droite : les dés indiquent les chiffres un, deux et trois et peut-être que par ce biais, Antelami a-t-il voulu rappeler la Trinité.

Joseph d'Arimathie
La synagogue
Le centurion
Les soldats se partagent la tunique au dé
Les Nations

En pendant à la figue du soleil, on trouve une figure triste, indiquée « lune », signe de la nuit et des ténèbres.

Par sa riche symbolique, le retable d’Antelami est un moyen extraordinaire d’expliquer tout ce que contient la mort du Christ, en prenant bien en compte qu’il s’agit d’une œuvre du Moyen âge et non d’une œuvre moderne.

Par Jean-Claude PELLETIER, décembre 2017

© Photos : François MÉTÉNIER

Christophe RANQUE

Mise en page :Véronique BONAMY