Les fresques de la Nef, comme l’ensemble des fresques de l’église sont du peintre AMAURY-DUVAL et de son atelier. Restaurées de façon remarquable entre 1997 et 2000, elles ont retrouvé une fraîcheur qui permet de bien comprendre la filiation de ce peintre, élève d’INGRES, mais surtout admirateur des peintres de la première Renaissance italienne. On retrouve, dans ces fresques bien sûr la luminosité de FRA ANGELICO, avec les teintes douces qui rappellent les fresques du couvent San Marco de Florence, mais aussi la construction de chacune d’entre elles, la stabilité, presque le hiératisme des personnages, figés dans une attitude pleine de noblesse et de majesté, qui font songer à ces deux autres grands peintres italiens des XIV° et XV° siècles que sont GIOTTO et MASACCIO.

Les peintres en charge de la restauration de la fin du XX° siècle ont été surpris par la qualité du travail effectué par AMAURY-DUVAL. En effet, les œuvres de notre église ne présentent pratiquement pas de « repentirs », ces reprises nécessaires en raison d’une première peinture insuffisante. Spécialiste de la fresque, AMAURY-DUVAL a donc effectué ici un travail d’une qualité exceptionnelle, avec une préparation soignée et une sûreté du pinceau remarquable.

Mais les fresques de la Nef présentent, au-delà de leur qualité artistique et professionnelle, une profonde signification religieuse. Elles se composent en effet de trois séries de deux grandes fresques chacune, qui marquent les échelons d’une progression chrétienne vers le Christ en Majesté de l’abside, ce Christ qui, bras largement ouverts, nous accueille tous au Royaume de Dieu.

Chacune de ces six grandes fresques est accompagnée de fresques de moindre importance, figurant différents personnages.

LES GRANDES FRESQUES

Voyons d’abord les six grandes fresques au profond sens chrétien.

En partant du fond de l’église, on trouve d’abord, sur la gauche, en partie cachée par l’ombre du grand orgue, une fresque, dont le thème, inscrit sur le cartouche vert situé à sa base, est « Humilitas ». La fresque qui lui fait face, est placée sous le signe de « Merces », que l’on peut traduire par « Grâce » ou « Miséricorde ». Ces deux fresques rappellent des paraboles qui soulignent l’égalité de tous les hommes devant Dieu.

A gauche, « Humilité » est illustrée par la parabole des invités à la noce, en référence à l’Evangile de Luc (XIV, 7 à 11), référence rappelée en rouge et noir sur la fresque. « …Quand tu es invité à des noces, va te mettre à la dernière place, afin qu’à son arrivée celui qui t’a invité te dise : Mon ami, avance plus haut ! »….. « Car tout homme qui s’élève sera abaissé et celui qui s’abaisse sera élevé ».

La fresque semble représenter le maître des lieux, habillé de bleu, qui fait lever celui qui s’était assis à sa gauche, un jeune personnage de blanc vêtu, et qui se tourne vers le personnage barbu, au manteau rouge, placé en bout de table, pour lui demander de venir prendre place près de lui. Le fond est constitué d’une sorte de loggia avec deux colonnes de pierre et un pilier de bois, tous recouverts de plantes grimpantes (vignes ?). La table recouverte d’une nappe blanche occupe le bas de la fresque, chargée de mets divers, devant laquelle une amphore brune est posée à terre.

“Amice ascende superius” s.Luc-XIV-X

A droite, « Merces » présente les « ouvriers de la vigne » ou « ouvriers de la onzième heure ». Cette parabole est tirée de l’Evangile de Matthieu (XX, 1 à 16), où les ouvriers arrivés tôt ne touchent pas plus d’argent que les derniers arrivés et qui se termine par « Ainsi, les derniers seront premiers et les premiers seront derniers ».

Sur un fond d’arbres et de vignes, le maître, un vieillard à la barbe blanche, revêtu d’un manteau blanc, donne à chacun son dû, la même somme pour tous, ceux qui ont commencé le travail tôt, comme les derniers arrivés. Il est entouré de trois ouvriers de chaque côté. Il semble que ceux qui sont à sa droite sont les premiers arrivés, déçus de ne pas recevoir plus que les autres, placés à gauche du maître.

“Amice non facio tibi injuriam nonne ex denario convenisti mecums” s.Matth-XX-XIII

La seconde série de fresques importantes traite de deux paraboles essentielles des Evangiles où des vertus primordiales sont mises en exergue.

A gauche, le cartouche indique que la fresque est placée sous la vertu « Charitas ». Elle représente la parabole du « Bon Samaritain » et fait référence à l’Evangile de Luc (X, 29 à 37).

La fresque représente l’arrivée du Samaritain et de l’homme agressé par les brigands à l’auberge. Les serviteurs de l’auberge portent le malheureux blessé, à demi-nu, vers un lit, tandis que le Samaritain, vêtu d’une tunique courte, jaune, et d’un manteau bleu s’adresse à l’aubergiste, en tunique longue violette et manteau brun, en lui montrant la victime : « Prends soin de lui, et si tu dépenses quelque chose de plus, c’est moi qui te le rembourserai quand je repasserai ». Deus matrones, accompagnées d’un enfant nu, assistent à la scène. Le fond de la fresque est constitué par l’auberge, en deux étages, un escalier menant à l’étage où deux chambres sont ébauchées par leurs portes ouvertes.

“Samaritanus curam ilius habe” s.Luc X-XXXIII

A droite, c’est « Misericordia », représentée par la parabole du fils retrouvé, ou fils prodigue, tirée de l’Evangile de Luc (XV, 11, 32). « Amenez le veau gras, tuez-le, mangeons et festoyons, car mon fils que voici était mort et il est revenu à la vie, il était perdu et il est retrouvé ».

Le fils prodigue est représenté agenouillé devant son père, un noble vieillard à la tunique jaune et au manteau bleu (les mêmes couleurs que le Bon Samaritain), qui lui tend la main du pardon, en se tournant vers lui. Le fils aîné, mécontent de ce favoritisme apparent donné à son frère, semble être représenté à gauche du père, en tunique blanche et manteau rouge, esquissant un geste de protestation, comme le personnage situé à côté de lui (un de ses serviteurs ?). Son fils, un garçonnet en tunique blanche regarde la scène avec intérêt. Le fond est constitué par la façade et l’entrée de la maison patriarcale. La fête destinée à l’accueil du fils que l’on croyait perdu est suggérée par les banderoles de verdure que l’on pose sur les colonnes du perron et par les fruits qu’apporte dans deux paniers dont un placé sur sa tête la servante placée à l’extrême droite de la fresque. Le noble personnage à la barbe blanche situé à l’extrême gauche, qui tient dans sa main gauche la houlette du berger, a probablement une double signification : une représentation de Dieu, le bon pasteur, qui, de sa main droite semble bénir le geste du père ; mais aussi peut-être celui va fournir le veau gras de la fête. Un chien est à ses pieds. Les femmes de la famille sont présentes, derrière le père, sous le porche d’entrée.

“perierat et inventus est” s. Luc XXV. XXIV

La troisième étape revêt une importance primordiale, marquée par la représentation, sur les deux fresques, du Christ. Nous sommes dans la dernière étape avant d’atteindre le royaume de Dieu.

A gauche, c’est « Verbum », la parole de Jésus, évoqué par le sermon sur la Montagne, celui des Béatitudes. Cette fresque s’appuie sur l’Evangile de Matthieu (V, 1 à 11) : « A la vue des foules, Jésus monta dans la montagne. Il s’assit et ses disciples s’approchèrent de lui. Et, prenant la parole, il les enseignait…. »

Le Christ, en tunique rouge recouverte d’un manteau bleu ciel, est assis sur un rocher, figurant la montagne. Il est adossé à un arbre, dont le feuillage domine toute la largeur de la fresque. Très droit, la tête environnée d’une auréole, le regard fixé vers l’avant, il parle en accompagnant ses paroles du geste de ses bras grands ouverts, tournés vers son auditoire. A ses pieds, un seul des apôtres, reconnaissable à l’auréole qui orne sa tête, semble en prière. Il est revêtu d’une tunique blanche et d’un manteau jaune, dans lequel il se blottit. Les disciples sont debout, cinq de chaque côté du Christ. A sa droite, trois hommes, l’un vêtu de jaune, très attentif, un second, au manteau vert sombre, semble pensif, le troisième, jeune homme (peut-être une jeune femme ?) caché en partie par les deux autres, écoute avec attention. Derrière eux, deux femmes, dont l’une semble distraite et ne pas écouter. A gauche du Christ, cinq hommes, dont l’un, en manteau rose, ne semble pas écouter le Christ, car il lui tourne le dos. Il est rappelé à l’ordre par l’homme, en manteau brun, qui est derrière lui et lui met la main sur l’épaule. Le jeune homme le plus éloigné du Christ et dont on ne voit que la tête, pourrait être une jeune femme.

“Docebat eos dicens” s.Matth V. II

En face, « Redemptio » présente la Crucifixion, le Christ donnant sa vie pour racheter les péchés de tous les hommes. Curieusement, le texte qui accompagne cette fresque ne vient pas des Evangiles, mais de l’épître de saint Paul aux Ephésiens (V) : « Vivez dans l’amour, comme le Christ nous a aimés et s’est livré lui-même à Dieu pour nous, en offrande et victime, comme un parfum d’agréable odeur ».

Autour du Christ crucifié et entouré de quatre anges, les personnages sont séparés en deux parties : à droite du Christ, sa Mère, la Vierge Marie, défaillante et soutenue par sa sœur Marie et par saint Jean, tandis que Marie-Madeleine, reconnaissable à sa longue chevelure, est en pleurs. Tous les quatre portent une auréole et sont tournés vers le Christ. Bien différente est l’attitude des personnages situés à gauche du Christ. Ils semblent le fuir et s’éloigner de lui, dans un mouvement qui montre l’amorce d’une descente vers le pied du Calvaire. Toutefois, ils semblent tous affligés et regretter la mort de ce juste. L’homme le plus près de la Croix se retourne d’ailleurs avec un air compatissant vers le groupe qui entoure la Vierge Marie.

“Tradidit semetipsum pro nobis” Eph V

Les deux petites fresques qui entourent cette fresque de la Crucifixion en sont des prolongements :

"Domino. memento meis" s.Luc-XXIII. XLVII

A droite du Christ, le Bon Larron, avec une référence à Luc (XXIII, 42) : « En vérité, je te le dis, aujourd’hui, tu seras avec moi dans le paradis ». Le Bon Larron, qui ne porte pas encore d’auréole, a le visage tourné vers le Christ. A ses pieds, Joseph d’Arimathie tient à la main le suaire qui va envelopper le corps du crucifié.

“Domino. memento meis” s.Luc-XXIII. XLVII

La fresque à gauche de la Crucifixion présente le mauvais larron, qui détourne la tête pour ne pas regarder le Christ. A ses pieds, le centurion qui présidait à la Crucifixion. Lui aussi détourne le regard du Christ sur la Croix. Tous deux semblent ainsi reconnaître leur culpabilité.

“Vere filius Dei erat iste” s.mat XXIII.  LIV

LES PETITES FRESQUES

 Les petites fresques illustrent généralement les grandes fresques qu’elles entourent :

A gauche de la nef :

C’est d’abord le Publicain ou collecteur d’impôts, en tunique bleue et manteau jaune, en référence à Matthieu (XVIII, 13-14) : «Le collecteur d’impôts, contrairement au Pharisien, se tenait à distance, ne voulait même pas lever les yeux au ciel, mais se frappait la poitrine en disant : O Dieu, prends pitié du pécheur que je suis. Je vous le déclare….. tout homme qui s’élève sera abaissé, mais celui qui s’abaisse sera élevé ».

De part et d’autre de la fresque du Bon Samaritain, on trouve, sur la gauche une femme qui donne de l’argent dans un tronc, avec l’allusion au Livre de proverbes (XXVIII, 27) : « Qui donne à l’indigent ne manquera de rien ». Sur la droite, on trouve la glaneuse qui de la main droite laisse tomber un épi, tandis qu’elle porte les épis glanés sur sa tête en les tenant de la main gauche. Elle illustre Matthieu (VI, 3) : « Pour toi, quand tu fais l’aumône, que ta main gauche ignore ce que fait ta main droite ».
« Nesciat sinistra tua quid faciat dextera tua » s Matth VI. III

"Beati pacifici" s.Matth V. IX
"Beati qui audiunt" s. Luc XI. XXVIII

Autour de la fresque du Sermon sur la montagne, ce sont : à gauche : un soldat romain qui remet son glaive au fourreau, illustrant la septième Béatitude : « Heureux ceux qui font œuvre de Paix, ils seront appelés fils de Dieu ». A droite, c’est la femme qui dit à Jésus : « Heureuse celle qui t’a porté et allaité » et à laquelle Jésus répond : « Heureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui l’observent » (Luc XI, 27-28).

"Semen est verbum Dei" s. Luc VIII. XI

Près de l’arc d’entrée dans le chœur, c’est le semeur : Il fait référence à Luc (VIII, 11), « la semence, c’est la parole de Dieu », ce qui constitue une excellente liaison entre le sermon sur la Montagne et le Christ en majesté.

« Semen est verbum Dei » s. Luc VIII. XI

Puis vient un texte de Paul aux Romains (X, 17) : « Fides ex auditu auditus autem per verbum Dei », soit (traduction TOB) : « Ainsi la Foi vient de la prédication, et la prédication, c’est l’annonce de la Parole du Christ ».

A droite de la nef :

Sur le côté droit de la nef, en partant du fond de l’église, on trouve d’abord Marie-Madeleine, reconnaissable à sa longue chevelure, la main sur le visage, exprimant ainsi la honte du péché, mais aussi la croix dans sa main droite, pour montrer la grâce infinie de Dieu. Cette fresque illustre l’épître aux Romains (V, 20) : « Là où le péché a proliféré, la grâce a surabondé ». Elle vient compléter la fresque sur « Merces », la Grâce.

« Ubi abundavit delictum superabundavit gratia » Rom V. XX

"Congratulamini mihi quia inveni dracham quam perdideram" s. Luc XV. VI
"Cum invenerit eam imponit in humeros suos gaudens" s. Luc XV. V

De part et d’autre de la fresque sur le fils prodigue, on trouve, à droite, la femme qui retrouve la pièce d’argent perdue. Elle rappelle l’Evangile de Luc (XV, 9) : « Réjouissez-vous avec moi, car je l’ai retrouvée, la pièce que j’avais perdue », parabole très proche de celle du fils prodigue. A noter qu’Amaury Duval a, pour cette fresque fait une erreur de référence, en inscrivant sur la fresque Luc XV, 6 (la parabole de la brebis retrouvée) au lieu de Luc XV,9.

De l’autre côté, c’est justement le pasteur de la parabole de la brebis retrouvée, illustrant Luc (XV, 5) : « Et quand il l’a retrouvée, il la charge tout joyeux sur ses épaules ». La tête du pasteur, inclinée vers la brebis qu’il porte sur son épaule gauche marque clairement son attachement à cette brebis, la centième, perdue et retrouvée.

Les fresques qui entourent la Crucifixion ont déjà été présentée avec la description de cette fresque.

60_Tibi dabo claves regina coelorum;s Mat XVI 19_5963

Avant l’arc d’accès au chœur, on trouve saint Pierre, facilement reconnaissable à la clef qu’il tient dans sa main gauche. Sa main droite, qui fait le geste de la bénédiction évoque parfaitement le texte de Matthieu (XVI, 19) : « Je te donnerai les clefs du Royaume des Cieux ». Il figure comme le créateur de l’église du Christ sur terre.

« Tibi dabo claves regina coelorum » s. Mat XVI. XIX

Enfin c’est l’inscription : « Dedit Semet ipsum pro nobis ut nos redimeret ab omni iniquitate ». Ce texte de l’épître de saint Paul à Tite (II, 14) veut dire : « Il s’est donné lui-même pour nous, afin de nous racheter de toute iniquité ». Cette fresque, comme celle qui lui fait face, est une introduction à la fresque du Christ en Majesté, de l’abside.

L’ACCÈS AU CHŒUR

Les fresques qui décorent l’arc d’accès au chœur représentent des anges :

 celui de gauche

désigne du doigt un livre

richement décoré, probablement la Bible.

Celui de droite

tient la croix, curieusement

orientée vers le bas. Serait-ce

une allusion à saint Pierre, crucifié

tête en bas par humilité ?

Cet ensemble de fresques, ajouté à celles du chœur, s’il peut être discuté au plan strictement artistique, en raison du caractère figé des personnages, revêt une profonde signification religieuse et gagnerait à servir de support à quelques cours de catéchisme.

Par Jean-Claude PELLETIER, juin 2017

Photos Damien CONVERT, Véronique BONAMY

Sources
  • Bible TOB dans sa version 1988.