L’église Saint-Germain de Saint-Germain-en-Laye peut s’enorgueillir d’avoir deux orgues : Le Grand Orgue construit primitivement au XVIIè siècle et remanié ensuite, notamment par le célèbre facteur d’orgues Cavaillé-Coll et l’Orgue de Chœur construit par ce dernier au XIXè siècle.

Histoire du Grand Orgue

C’est en 1698 que le Roi Louis XIV quittant tout juste sa ville royale pour Versailles offre un don à la paroisse afin qu’elle puisse acquérir un Grand Orgue. C’est le facteur du Roi Alexandre Thierry qui construit un grand 8 pieds de 4 claviers, pédalier et doté de 40 jeux, plus de 2500 tuyaux. A cette époque il comptait parmi les plus grands de son genre.

 

L’église étant démolie et reconstruite plusieurs fois, l’orgue, après avoir passé plusieurs années démonté dans des caisses il est enfin réinstallé sur une nouvelle tribune en 1827 par le facteur Louis Paul Dallery.

Entre 1852 et 1888, l’instrument est confié au célèbre facteur d’orgue Aristide Cavaillé-Coll qui tout en respectant l’instrument va le modifier et l’agrandir afin de le faire entrer dans l’air du romantisme.

Adjonction d’un récit expressif, fonds et pédale plus importants.

 

En 1902 Charles Mutin, successeur de Cavaillé-Coll va une nouvelle fois le modifier en lui agrandissant le clavier de Récit ou Récit et pour cela va élargir la façade en respectant scrupuleusement l’esthétique du meuble. Il maintient les barkers du Clavier de Grand Orgue ainsi que celle du clavier de Récit, mais vide le Positif de dos  et l’installe dans le soubassement.

 

En 1924 alors que Albert Renaud titulaire du grand orgue décède, le nouvel organiste Albert Alain confie que l’orgue dont il hérite est dans un très mauvais état dû entre autres à des fuites d’eau provenant de la toiture.

Jusqu’en 1966 Albert Alain va s’efforcer de remédier aux défauts et aux mauvais états de l’instrument. Des lettres nous racontent ses péripéties et sa recherche pour remédier à un manque de clarté causé essentiellement par le Positif intérieur. Pour cela il effectuera diverses modifications comme le changement des Célestes, Salicional 8 du Positif qui deviendra Salicet 4 au Récit, La Flute octaviante 4 du Récit qui prend place sur le sommier de Grand Orgue….

 

En 1966 une restauration doit impérativement être entreprise. Les établissements Haerpfer-Erman élaborent un projet en collaboration avec Albert et Marie-Claire Alain. L’esthétique de l’orgue en France changeante il est décidé de reconstruire le Positif de dos dans l’ancien buffet toujours en place. On élimine aussi la Barker du Clavier de Grand Orgue  afin de retrouver une mécanique « directe » entre les 2 premiers claviers. La soufflerie est totalement refaite, et la tuyauterie reprise.

 

Entre 1980 et 1990 Marie-Claire Alain alors devenue titulaire depuis le décès d’Albert en 1971 fera entretenir l’orgue, ventre des Sommiers éclatés par trop de chauffage, mixtures modifiées….

 

On peut profiter encore aujourd’hui de sa façade et de quelques tuyaux anciens de ses diverses origines classés au monuments Historique.

Composition du Grand Orgue

L’orgue comporte 46 jeux sur 3 claviers manuels de 56 notes et un pédalier de 30 notes. Il comporte 3344 tuyaux.

 

I Positif de dos II Grand-orgue III Récit expressif IV Pédalier
1 Bourdon 8 11 Bourdon 16 24 Quintaton 16 39 Flute 16
2 Montre 4 12 Montre 8 25 Principal 8 40 Soubasse 16
3 Flute à cheminée 4 13 Salicional 8 26 cor de nuit 8 41 Bourdon 8
4 Quarte 2 14 Bourdon 8 27 Gambe 8 42 Flute 8
5 Nazard 2 2/3 15 Flute harmonique 8 28 Voix céleste 8 43 Flute 4
6 Tierce 1 3/5 16 Prestant 4 29 Prestant 4 44 Bombarde 16
7 Larigot 1 1/3 17 Flute harmonique 4 30 Salicet 4 45 Trompette 8
8 Plein jeu 5 rgs 18 Doublette 2 31 Octavin 2 46 Clairon 4
9 Trompette 8 19 Fourniture 4 rgs 32 Fourniture 5 rgs
10 Cromorne 8 20 Cymbale 4 rgs 33 Cornet 5 rgs
21 Bombarde 16 34 Voix humaine 8
22 Trompette 8 35 Bombarde 16
23 Clairon 4 36 Trompette 8
Chappe libre 37 Basson Hautbois !
38 Clairon 4
Tremblant

 

9 Pédales de combinaisons : (de gauche à droite) :

Tirasses                       Accouplements                               Appels Anches

Pos   G.O    Récit      Récit/G.O   Pos/G.O     Expression    Ped  G.O  Récit     Tremblant Récit


 

Histoire de l'Orgue de Chœur

L’orgue de chœur de St Germain est un remarquable instrument construit par Aristide Cavaillé-Coll en 1889. Il n’a subi aucune transformation depuis sa conception. Bien que de petite taille, il possède une sonorité intense et extraordinaire qui remplit l’église et fait l’admiration des touristes.

 

Dans cette paroisse la grand-messe était jusqu’en 1996 jouée à deux orgues. C’était une tradition que les paroissiens et mélomanes appréciaient particulièrement puisque sa position permet un effet « stéréophonique ».

 

Lors de nombreuses occasions les visiteurs ont pu ressentir cet effet comme pour des émissions radiophoniques pour France Culture avec Marie-Claire Alain et Hubert Haye, Eric Lebrun, Vincent Warnier, et plus récemment lors des journées mondiales de l’orgue.

Composition de l'Orgue de Chœur

L’orgue comporte 11 Jeux sur 2 claviers manuels de 56 notes et un pédalier 30 notes.

 

1 Grand-Orgue 2 Récit expressif
Bourdon 16 Cor de nuit 8
Montre 8 Gambe 8
Flute harmonique 8 Voix Céleste 8
Prestant 4 Flute octaviante 4
Trompette 8
Basson Hautbois 8

 

Pédale : Soubasse 16 (emprunt G.O)

Cuillères (de gauche à droite) :
Soubasse 16, Tirasse Récit, Tirasse G.0, pédale expression, II/I, Appel et renvoi Trompette, Tremolo

Les organistes à Saint-Germain

Albert Renaud :

Durant ses études au Conservatoire de Paris, il a pour professeurs Léo Delibes, César Franck, Charles Gounod, Camille Saint-Saëns et Jules Massenet.

Il commence sa carrière de musicien d’église en succédant à son père comme maître de chapelle de Saint-Sulpice.

Après un bref séjour à Rennes comme organiste de la cathédrale, il revient à Paris pour devenir le premier titulaire du grand orgue Fermis et Persil de la paroisse Saint-François-Xavier en 1878.

Il quitte son poste en 1891 pour devenir titulaire du Cavaillé-Coll de Saint-Germain-en-Laye jusqu’en 1924, année de sa mort. Il eut pour successeur direct Albert Alain.

Le dédicataire de sa célèbre Toccata en ré mineur (op. 108 no 1), Alexandre Guilmant, la joua durant ses récitals à la St. Louis World Fair de 1904 ( Exposition universelle qui se tint en 1904, dans la ville de Saint-Louis dans le Missouri).

(source wikipedia.org)

Albert Alain :

Il entre tardivement au Conservatoire de Paris et décroche un premier prix d’harmonie en 1904. Il poursuit des études de contrepoint avec Georges Caussade, de fugue et de composition avec Charles Lenepveu et Gabriel Fauré, en même temps qu’il travaille l’orgue avec Alexandre Guilmant et Louis Vierne. En 1924, succédant à Albert Renaud, il devient organiste de l’église de Saint-Germain-en-Laye, poste qu’il occupe jusqu’à sa mort.

Passionné de facture d’orgue, il construit au fil des ans (1911-1970) un instrument à 4 claviers et 43 jeux dans sa maison. Cet orgue est maintenant installé à Romainmôtier, en Suisse.

Il épouse Magdeleine Alberty en 1910, et ils seront les parents de quatre enfants aux dons exceptionnels : Jehan (1911-1940), Marie-Odile (1914-1937), Olivier (1918-1994) et Marie-Claire (1926-2013).

(source wikipedia.org)

Marie-Claire Alain :

Marie-Claire Alain est née le 10 août 1926 à Saint-Germain-en-Laye au sein d’une famille de musiciens. Elle est la fille du compositeur et organiste Albert Alain et de Magdeleine Alberty. Elle est la sœur benjamine du compositeur et organiste Jehan Alain (1911-1940), de Marie-Odile et Olivier Alain, musicologue et compositeur. Elle décède au Pecq le 26 février 2013.

Pédagogue très recherchée, justement fameuse pour ses conférences avec illustrations musicales qui l’ont amenée dans les plus prestigieuses universités américaines, canadiennes, japonaises et dans tous les grands conservatoires européens, elle fonde son enseignement sur les études musicologiques approfondies qu’elle ne cesse d’effectuer dans les domaines de la littérature organistique et de l’exécution de la musique ancienne, romantique et symphonique.

Elle compte parmi les plus illustres organistes de sa génération, de réputation internationale. Les critiques sont unanimes à louer la clarté lumineuse de son jeu, la pureté de son style, la musicalité intense et vivante de son interprétation et sa maîtrise dans l’art de la registration.

Source Wikipedia.org

Hubert Haye :

est né à Brou en 1966. Après des études de piano, il reçoit l’enseignement de Patrick Delabre, René Brethomé, Olivier Latry, Louis Robilliard, Tierry Escaich et Naji Hakim.  Concertiste international, Improvisateur captivant, compositeur dont un requiem pour chœur et orgue, chef de chœur, il est professeur d’improvisation au conservatoire de Courbevoie. Conférencier sur la facture d’orgue, il est à l’origine de la conception du grand orgue de Notre Dame de Chatou où il est organiste de 1992 jusqu’en 2010 lorsqu’il est nommé titulaire des grandes-orgues de St Germain en Laye.

Glossaire de l'orgue

Barkers :

dispositifs pneumatiques permettant de diminuer la résistance des touches des claviers

 

Clavier de Grand Orgue :

commande le plan sonore principal.

 

Clavier de Récit ou Récit :

en troisième position, enfermé dans une boite pouvant être ouverte ou fermée par l’action d’une pédale d’expression.

 

Clavier de Positif ou Positif :

le plus souvent en premier clavier, il répond au plan sonore du G.O.

 

Cuillère :

Mécanisme que l’on actionne avec le pied. Sert à appeler un accouplement, une tirasse, un tremblant, un tutti ou un autre accessoire.

 

Jeu ou registre :

rangée de tuyaux de la même espèce. Chaque Jeu a son tirant de registre.

 

Positif de dos :

plan sonore installé dans le buffet en nid d’hirondelle.

 

Positif intérieur :

plan sonore appelé Positif, installé dans le buffet principal.

Sommier :

dispositif qui distribue l’air sous pression aux tuyaux sonores qui y sont plantés, en fonction des touches actionnées et des registres sélectionnés par l’organiste.

 

Soubasse :

Bourdon que l’on trouve à la Pédale.

 

Tirants :

placés sur le côté des claviers, ils permettent soit de boucher (tirant poussé), soit de libérer (tirant tiré) les pieds des tuyaux de l’arrivée du vent. Pour une note jouée, elle sonnera sur autant de timbres que l’organiste aura choisi de jeux.

 

Tirasses :

accessoires d’accroche des claviers ou pédalier.

 

Tremblant ou Trémolo :

Les tremblants ont pour but de faire varier légèrement le vent pour donner au son des tuyaux un effet de tremblement, de vibrato.

Par Hubert Haye, janvier 2018

© Photos : Christophe RANQUE

©http://www.musimem.com

©thetimes.co.uk

Mise en page :Véronique BONAMY