la plus ancienne œuvre d’art de la Paroisse

Vers 1825, lors des travaux d’aménagement du chœur et de la nef de l’église actuelle, les ouvriers sont amenés à défoncer le sol. Ils mettent alors à jour une statue de la Vierge à l’enfant, ensevelie dans le sol et, miraculeusement, pratiquement intégralement conservée.

Après un nettoyage méticuleux, la statue est soumise à l’expertise d’un expert, Monsieur MILLET, architecte qui dirige alors les travaux de restauration du Château Vieux.

Son expertise, qui n’a pas été démentie par la suite, prouve que cette statue date du début du XIV° siècle, probablement de l’époque de Philippe IV le Bel. Elle constitue un magnifique exemple de la statuaire médiévale.

La pierre dans laquelle elle est taillée vient des carrières du Mesnil-le-Roi, ce qui prouve qu’elle a été ciselée à Saint-Germain-en-Laye ou dans les environs, probablement pour la chapelle du Prieuré (la première église Saint-Germain) ou pour la chapelle du château, consacrée à Notre-Dame. Est-elle l’œuvre d’un moine du prieuré ou celle d’un sculpteur au service du Roi ? Impossible évidemment de le savoir.

Pourquoi a-t-elle été enterrée ? Plusieurs explications sont envisageables, sans qu’aucune certitude ne puisse être dégagée. A-t-elle été mise à l’abri des destructions de la soldatesque du Prince Noir qui a pillé et brûlé château, prieuré et bourgade au début de la Guerre de Cent ans, en 1346 ? A-t-elle été mise au rebut (mais non détruite, en raison du caractère sacrée de l’effigie de la Vierge et de son fils) pour être remplacée par une statue plus moderne et conforme à l’évolution du goût, et l’on peut alors penser à la période de la Renaissance ou à celle de Louis XIV ?

Cette statue est une merveille et s’il existe plusieurs exemples de Vierge à l’enfant de cette période, aucune ne semble atteindre la qualité de la statue de notre église, en dehors de la magnifique « Vierge au Pilier » de Notre-Dame de Paris.

 

 

 

 

 

 

La Vierge au Pilier (Notre-Dame de Paris)

 

Notre-Dame du Bon Retour présente une finesse de sculpture exceptionnelle : sa tête couronnée légèrement penchée sur le côté présente une grâce divine, exprimant la bonté ineffable qui est celle de la Mère de Jésus. Elle regarde les fidèles avec un léger sourire, plein de compassion.

Elle est vêtue à la manière des dames de haute qualité de l’époque de Philippe le Bel, d’une robe dorée, descendant jusqu’aux pieds, recouverte d’un riche manteau bleu. Un voile léger couvre sa tête et ses épaules. L’enfant Jésus, de rouge vêtu, tête nue, a un geste merveilleux : il ramène, de sa main droite, avec délicatesse, le voile de sa Mère comme pour lui couvrir la poitrine, dans un mouvement de protection : tout enfant, il a le souci de sa Sainte Mère.

La Vierge Marie a une attitude caractéristique de ce début du XIV° siècle dans la statuaire chrétienne : un déhanchement très naturel afin de mieux supporter le poids de son enfant. Elle porte dans sa main droite un lys, attaché à la personne de la Vierge, c’est un symbole de pureté.

Après sa découverte et son authentification, elle est exposée dans le jardin du prieuré jusqu’en 1868. Le 25 mars de cette année, fête de l’Annonciation, une cérémonie se déroule au pied de la statue, placée dans l’église, à son emplacement actuel. Le Curé rappelle l’histoire de la découverte miraculeuse de la statue et, après une procession autour de l’église, la bénit en lui donnant le nom de Notre-Dame de Bon Retour. Le 3 avril 1869, le pape Pie IX, à la demande du curé Chauvel, sanctionne la dévotion à Notre-Dame de Bon Retour par l’octroi d’indulgences aux visiteurs venant prier devant cette statue.

 

Depuis, cette statue est l’objet d’une dévotion particulière des paroissiens de Saint-Germain. De nombreux ex-voto témoignent de l’attachement des saint-germanois à cette représentation de Notre-Dame. Les plaques datant de la période de la Grande Guerre sont particulièrement nombreuses. Cette dévotion est encore très vivante de nos jours, comme en témoignent les nombreux cierges et neuvaines qui brûlent devant la statue et les fleurs qui sont déposées à ses pieds. Cette dévotion se traduit également par le toucher du pied gauche de la statue, qui est d’ailleurs usé par ces nombreuses marques d’attachement à Notre-Dame de Bon Retour.

 

Cette magnifique représentation de la Vierge Marie constitue incontestablement un joyaux à la fois spirituel et artistique de notre église.

 

Par J.C. PELLETIER – avril 2017

Photos Damien Convert – Véronique Bonamy

Sources
  • Brochure sur le Patrimoine et l’Histoire de l’église Saint-Germain : Partie « Histoire de l’église et de la paroisse Saint-Germain, par Guillaume GLORIEUX, 2002
  • Une Paroisse Royale ; Saint-Germain en Laye, origine et histoire, par l’Abbé Pierre TORRY, 1927, Imprimerie Floch
  • Histoire Universelle de l’Art : Larousse 1988
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